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Après un accueil à Brest (France), et un départ pour Brest (Biélorussie) en août 2000 lors de l'échange culturel tripartite BBB entre français, allemands et biélorusses, la troisième et dernière partie de l'échange a eue lieu cet été à Berlin, la ville carrefour du XXI ème siècle.
Au programme : exploration de la ville à la recherche des célèbres et singuliers "squatts" légaux de la culture alternative berlinoise. Puis rencontre internationale avec nos amis biélorusses et allemands. Actions de rencontres : vidéo sous forme d'interviews, théâtre, art plastique, photographies sur le thème de l'art dans la ville (travaux réalisés avant à Brest et Bpect)...

Jacquemine, Anna, Kristen / Mathieu, Laure, Eric et Alan (photo : Gwenvaël)
sur le toit du K40, à Berlin
Pour la première partie du séjour (du 3 au 13 août), le groupe de brestois est parti seul (c'est à dire sans les partenaire biélorusses et allemands du projet BBB) pour profiter un peu plus du temps et découvrir la ville librement. Car deux semaines, c'est court ! Le CLAJ a donc préféré les rallonger un peu.
On a donc trouvé un contact avec Aurélie, une française du réseau No Pasaran !, étudiante en maitrise d'histoire à Berlin, qui habite dans un de ces fameux squatt légalisé depuis dix ans : le K40 (Kohlfurterstrasse n° 40).
Des
habitations comme celle-là, il en existe des dizaines sur Berlin.
Un grand mouvement d'ouvertures de squatts a eu lieu au début des
années 1980. La police allemande avait autre chose à faire
que de s'occuper de ces gens qui s'appropriaient des locaux vides (sans
doute aussi une certaine "mansuétude" accordée
aux berlinois, des droits octroyés ici et pas ailleurs comme l'exemption
du service militaire pour les jeunes vivant à Berlin, y provoquant
un regroupement détonnant) et laissés à l'abandon.
Il en a existé jusqu'à 183... environ.
Et plutôt que d'ouvrir une guerre civile (il y a eu tout de même
des épisodes très durs, évidemment réprimés
par les forces de police allemande: la fameuse Mauernstrasse (je suis
pas sûr du nom, j'ai oublié), la rue entière squattée
(environ 50 squatts) et 3 jours d'émeutes violentes en 1993 quand
les autorités ont décidées de définitivement
mettre fin à cette "exception" berlinoise, à la
fin, vous l'aurez compris, la police a gagné), les autorités
municipales ont "légalisé" certains de ces immeubles
occupés en l'échange d'un loyer au rabais. Il va de
soi que le milieu (la scène) s'est déchiré entre
les "contre" toute régularisation et les "pour".Pour
exemple, au K40 le prix est d'environ 300 DM (1000 FF) par mois et par
personne. Ce qui n'est tout de même pas rien et pas beaucoup non
plus.
Mais du coup, peut-on encore les appeler des "squatts" ? Ils ne supportent pas de se faire appeler des "communautés" car ce terme a des connotations très péjoratives en allemand. Mais ce ne sont pas non plus des habitations, ni des habitants ordinaires. Il y règne un brin de vie en commun, d'entraide, et de mode de vie autant que de pensée alternative, à l'encontre du capitalisme, de la société de consomation, du sexisme, du racisme (évidemment !), du végétarisme ou végétalisme, etc...
Chaque
"squatt" est unique et a ses particularités. On en a
vu un tenu par des artistes branchés hébergant au rez de
chaussée un bar alternatif, légal et ouvert à
tous. On y sert de la bière (bien sûr !) et de la caipirinha
(prononcez "caïpirigna", c'est un coctail brésilien à
base de citron vert et de cachassa, on en trouve partout à Berlin
et c'est bon !), on y trouve aussi des oeuvres exposées et on a
assisté ce soir-là à la projection d'une vidéo
tournée sur un autre type de squatt : un squatt d'artistes dans
un friche industrielle de Marseille. On trouve beaucoup de français
à Berlin, même là on on ne les attend pas. Un autre
squatt ? La Yorkstrasse : ici c'est sous forme associative, une asso.
loue l'immeuble entier dans lequel les gens vivent dans des petits (!)
appartements à 8 ou 9 personnes contenant la cuisine collective,
les salles de bains, les salles de sport etc... (merci Tina pour toutes
tes explications : interviews et visites disponible en vidéo au
CLAJ).
On a vu un squatt : Thomas Weissbecker Haus : à deux pas du tout
neuf bâtiment du SPD (le parti au gouvernement en Allemagne qui s'est
particulièrement battu pour obtenir la fermeture de ce lieu ouvert
il y a 20 ans mais ils ont pas gagné), dont le rez de chaussée
sert de salle de concert (il y avait un chouette petit concert de ska
allemand avec de vrais redskins et rude boys sur scène et dans
le public), ou, dans un autre encore, un "jardin d'enfants"
avec des jeux en plein air, et une petite ferme (chevaux, biquettes, potager...
voir photo çi-contre).
On a aussi vu un squatt occupé par des punks tendance "crust"
: le Köpi. Bien krado, mais politiquement et culturellement hyper-actif
(au vu des affiches collées sur tous les murs de Berlin).
Parmi tout ça, on pourrait
presque qualifier le K40 de squatt "bourgeois". Il est très
familial. Une cinquantaine de personnes, enfants compris, habitent dans
cet immeuble d'appartements sur 5 étages dans le quartier populaire
de Kreutzberg, où vit une importante communauté turque,
kurde, homosexuelle, lesbienne, punk, etc...128 nationalités nous
affirme Aurélie.
Tous les appartements communiquent, rien ne ferme à clé
dans l'immeuble. Comme si on avait jeté les clés par les
fenêtres à l'ouverture du squatt il y a de cela 20 ans, comme
dans l'An 01. Chaque cuisine, chaque salon, chaque salle de bain et à
fortiori chaque couloir est donc considérée comme salle
commune. Seules les chambres sont privées.
La cuisine est faite en commun, un groupe rotatif de 4 à 6 personnes
se charge de faire les courses, le repas du soir (18h !) et la vaisselle
de la journée (en machine) pour 30 à 40 personnes. On y
a donc participé en leur offrant une tournée de crêpes
et de gallettes bretonnes. Avec ou sans jambon suivant le régime
végétarien ou -lien, ou non. Nos hôtes (et nous-mêmes)
se sont régalés !
On a même été invités à participer à
une fête d'anniversaires (cinq d'un coup) le dernier samedi avant
de quiter nos hôtes (et avant de rejoindre nos amis biélorusses
et allemands , voir plus bas dans la seconde partie du voyage).
On peut juste regretter le fait que cette soirée n'ai pas eu lieu
plus tôt car elle nous a permis de connaître un peu plus nos
voisins de dix jours. Une soirée comme celle-là est le moment
idéal pour faire de nouvelles rencontres et pour rester discuter
de voyages, de l'Allemagne, de Berlin, de la Bretagne et de Brest. Tout
cela malgré la barrière des langues. Quand on ne sait pas
parler allemand, on se débrouille comme on peut en anglais. Et
du coup, notre interlocuteur doit lui aussi faire des efforts. C'est là
qu'on s'est rendu compte que l'on rencontrait plus facilement des
allemands francophones que des français germanophones.
On
a donc profité de cette première partie du séjour,
entre clajos, pour visiter un peu la capitale allemande. La première
chose qui frappe quand on se ballade à Berlin pour un français,c'est
cette impression de calme et d'espace : les trotoirs font cinq mètres
de part et d'autre de chaque rues, largement de quoi tracer des pistes
cyclables et de quoi laisser la place aux bistros pour qu'ils puissent
étaler leur tables et bancs sur la rue.
Ce qu'on remarque aussi, c'est le nombre incroyable de sculptures rencontrées
au hasard des rues, comme ce robinet géant (à l'ancienne
brasserie "Pfefferberg") ou cet insolite vélo immobile
(voir çi-contre). Ce sont aussi les immeubles d'appartements de
cinq étages du type du K40 (ici, pas de maisons individuelles)
avec une cour intérieur, des parcs et espaces verts partout, dans
une architecture de façade parfois travaillée. Tous ces
élément donnent de Berlin l'impression d'une ville vraiment
agréable à vivre.
A propos des traces du mur,
il y a des quartiers où on passe de l'ex-division ouest à
l'ex-division est sans s'en rendre compte. On traverse une grande rue
ou un espace qui ressemble vaguement à un canal asséché
et on se retrouve de "l'autre côté". Il existe
aussi des quartiers hyper-modernes construits sur l'ancien emplacement
du mur. Des buildings formant un quartier d'affaire et un centre commercial
en plein centre de Berlin qui tranche avec le reste de la ville par son
modernisme des matériaux et par l'altitude des bâtiments."L'arrogance
et la prétention résumée en quelques bâtiments :
la Postdamer Platz" dixit Anna. Et il est vrai que
l'architecture monumentale actuelle capitaliste n'a finalement pas grand
chose à envier à la mégalomanie hitlerienne
autant que stallinienne.
Mais il y a d'autres endroits où la coupure se fait sentir encore
aujourd'hui. En 1990 la ville de Berlin a fait une commande a quelques
artistes pour peindre sur le côté est du mur préservé
sur un kilomètre pour témoignage de l'histoire, cela a donné
l' "East Side Galery". A cet endroit, le mur longe la rivière
Spree d'un côté, et de l'autre côté un axe routier
remplace le glaci qui existait entre les deux murs pour former un No Man's
Land sur une bande de 50m tout du long.
Ces trois obstacles (rivière + mur préservé + route)
créent une séparation physique entre les deux quartiers
juxtaposés(Kreutzberg à l'ouest et Friedrischain à
l'est). C'est donc un endroit où l'on remarque une nette différence
sur les types de constructions. Les premiers bâtiments visibles en face
du mur côté est sont restés tels qu'ils étaient
en 1989, c'est à dire vides et murés sur toutes les fenêtres
jusqu'aux étages les plus hauts.
On a curieusement choisi de garder un bout de ce mur à cet endroit,
comme pour montrer aux berlinois et aux touristes l'état d'abandon
que l'ex-RDA laissait aux bâtiments, et donc par extrapolation aux habitants.
Et pour leur dire 'heuresement qu'on a gagné la guerre froide,
et vive le capitalisme !".

Nous
sommes donc rentrés, à la date et à l'heure prévue...
ce qui, déjà, n'est pas si mal...
Notre programme à Berlin dans le cadre de l'échange trinational contenait plusieurs possibilités de travail en commun : réalisation d'une exposition photo, de reportages vidéo (interview et images diverses : en particulier de manifs : Global day Action du Black Block et contre la répression policière exercée lors du sommet du G7+1 de Gênes en juillet 2001), de théâtre inopiné et impromptu, d'une fresque murale (réalisée dans les locaux de SNOW, le partenaire berlinois), de diapositives sur le thème "L'art dans la ville" (images réalisées avant le départ à Brest en France et à Bpect et Minsk en Biélorussie) et quelques autres idées... Elles ont toutes été réalisées et ont été présentées lors d'une exposition l'avant-dernier jour de l'échange toujours dans les locaux de SNOW. Cette exposition multi-support va tourner dans nos villes.
A Brest, le groupe travaille au montage de trois reportages vidéo (l'échange trinational, le Berlin alternatif, le groupe des zozos clajos) qui seront présentés dans de multiples lieux publics brestois (foyer de jeunes travailleurs, bars, collèges-lycées, bars, soirées au Claj, bars, pendant le festival "Enrageons-nous !!" (les deux ! signifient Acte 2) qui aura lieu à Brest du 13 au 24 mars 2002 : à partir du 18 sous chapiteau Plage Guérin.
Pour revenir à l'échange, le séjour s'est globalement bien passé, il est toutefois à noter la difficile communication avec les biélorusses cette année, liée sans doute au fait d'être dans un pays tiers, limitant de fait les occasions de discuter en se donnant des informations sur le pays (comme ça avait été le cas en 2001). Avouons aussi que le groupe français, présents depuis déjà dix jours à Berlin à l'arrivée de nos amis d'outre-mur de fer, était probablement plus intéressé par les squatts, la musique, les mouvements sociaux, etc...que par la rencontre, de plus leur intérêt se plaçait également ailleurs. Ce double thème (double rencontre interculturelle et découverte d'une ville et en partie de la société allemande) rendait la mission difficile...à moins d'y passer six mois, ce qui n'aurait pas été pour nous déplaire. La pauvre Anna qui pleurait mignonnement (aussi douce et tendre quand elle pleure que quand elle chante, en particulier l'inoubliable "Solène de Grenoble" des Ogres de barback, sur un trottoir de Kreutzberg) dans le U-bahn vers la gare routière, je crois que Laure aussi a versé une larme, et moi je n'en étais pas loin non plus, si Eric et Kristen ne nous avait offert une dernière représentation de "Pépito et Lamado", héros populaire brestois désormais célèbrés et adulés de toute la population berlinoise grâce à nos deux gentils animateurs.

Brejnev (URSS) et Honneker (RDA). Fresque peinte sur ce qui reste du
mur de Berlin accompagnée de ce commentaire :
Seigneur, aidez-moi à survivre en cet amour perdu.
Bizarre, mais quel beau baiser !
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25 mars, 2005