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Du 3 au 26 août 2001
1ère partie : les squatts berlinois
2ème partie : l'échange BBB

Après un accueil à Brest (France), et un départ pour Brest (Biélorussie) en août 2000 lors de l'échange culturel tripartite BBB entre français, allemands et biélorusses, la troisième et dernière partie de l'échange a eue lieu cet été à Berlin, la ville carrefour du XXI ème siècle.

Au programme : exploration de la ville à la recherche des célèbres et singuliers "squatts" légaux de la culture alternative berlinoise. Puis rencontre internationale avec nos amis biélorusses et allemands. Actions de rencontres : vidéo sous forme d'interviews, théâtre, art plastique, photographies sur le thème de l'art dans la ville (travaux réalisés avant à Brest et Bpect)...

Jacquemine, Anna, Kristen / Mathieu, Laure, Eric, Alan (photo : Gwenvaël) sur le toit du K40, Berlin
Jacquemine, Anna, Kristen / Mathieu, Laure, Eric et Alan (photo : Gwenvaël) sur le toit du K40, à Berlin

Première partie : accueil au K40 (un squatt légalisé) et rencontre avec la culture alternative berlinoise.

Pour la première partie du séjour (du 3 au 13 août), le groupe de brestois est parti seul (c'est à dire sans les partenaire biélorusses et allemands du projet BBB) pour profiter un peu plus du temps et découvrir la ville librement. Car deux semaines, c'est court ! Le CLAJ a donc préféré les rallonger un peu.

On a donc trouvé un  contact avec Aurélie, une  française du réseau   No Pasaran !, étudiante en maitrise d'histoire à Berlin, qui habite dans un de ces fameux squatt légalisé depuis dix ans : le K40 (Kohlfurterstrasse n° 40).

Squatt à BerlinDes habitations comme celle-là, il en existe des dizaines sur Berlin. Un grand mouvement d'ouvertures de squatts a eu lieu au début des années 1980. La police allemande avait autre chose à faire que de s'occuper de ces gens qui s'appropriaient des locaux vides (sans doute aussi une certaine "mansuétude" accordée aux berlinois, des droits octroyés ici et pas ailleurs comme l'exemption du service militaire pour les jeunes vivant à Berlin, y provoquant un regroupement détonnant) et laissés à l'abandon. Il en a existé jusqu'à 183... environ.
Et plutôt que d'ouvrir une guerre civile (il y a eu tout de même des épisodes très durs, évidemment  réprimés par les forces de police allemande: la fameuse Mauernstrasse (je suis pas sûr du nom, j'ai oublié), la rue entière squattée (environ 50 squatts) et 3 jours d'émeutes violentes en 1993 quand les autorités ont décidées de définitivement mettre fin à cette "exception" berlinoise, à la fin, vous l'aurez compris, la police a gagné), les autorités municipales ont "légalisé" certains de ces immeubles occupés  en l'échange d'un loyer au rabais. Il va de soi que le milieu (la scène) s'est déchiré entre les "contre" toute régularisation et les "pour".Pour exemple, au K40 le prix est d'environ 300 DM (1000 FF) par mois et par personne. Ce qui n'est tout de même pas rien et pas beaucoup non plus.

Mais du coup, peut-on encore les appeler des "squatts" ? Ils ne supportent pas de se faire appeler des "communautés" car ce terme a des connotations très péjoratives en allemand. Mais ce ne sont pas non plus des habitations, ni des habitants ordinaires. Il y règne un brin de vie en commun, d'entraide, et de mode de vie autant que de pensée alternative, à l'encontre du capitalisme, de la société de consomation, du sexisme, du racisme (évidemment !), du végétarisme ou végétalisme, etc...

Squatt à Berlin : jardin d'enfantsChaque "squatt" est unique et a ses particularités. On en a vu un tenu par des artistes branchés hébergant au rez de chaussée un bar alternatif, légal et   ouvert à tous. On y sert de la bière (bien sûr !) et de la caipirinha (prononcez "caïpirigna", c'est un coctail brésilien à base de citron vert et de cachassa, on en trouve partout à Berlin et c'est bon !), on y trouve aussi des oeuvres exposées et on a assisté ce soir-là à la projection d'une vidéo tournée sur un autre type de squatt : un squatt d'artistes dans un friche industrielle de Marseille. On trouve beaucoup de français à Berlin, même là on on ne les attend pas. Un autre squatt ? La Yorkstrasse : ici c'est sous forme associative, une asso. loue l'immeuble entier dans lequel les gens vivent dans des petits (!) appartements à 8 ou 9 personnes contenant la cuisine collective, les salles de bains, les salles de sport etc... (merci Tina pour toutes tes explications : interviews et visites disponible en vidéo au CLAJ).
On a vu un squatt : Thomas Weissbecker Haus : à deux pas du tout neuf bâtiment du SPD (le parti au gouvernement en Allemagne qui s'est particulièrement battu pour obtenir la fermeture de ce lieu ouvert il y a 20 ans mais ils ont pas gagné), dont le rez de chaussée sert de salle de concert (il y avait un chouette petit concert de ska allemand avec de vrais redskins et rude boys sur scène et dans le public), ou, dans un autre encore, un "jardin d'enfants" avec des jeux en plein air, et une petite ferme (chevaux, biquettes, potager... voir photo çi-contre).
On a aussi vu un squatt occupé par des punks tendance "crust" : le Köpi. Bien krado, mais politiquement et culturellement  hyper-actif (au vu des affiches collées sur tous les murs de Berlin).

Parmi tout ça, on pourrait presque qualifier le K40 de squatt "bourgeois". Il est très familial. Une cinquantaine de personnes, enfants compris, habitent dans cet immeuble d'appartements sur 5 étages dans le quartier populaire de Kreutzberg, où vit une importante communauté turque, kurde, homosexuelle, lesbienne, punk, etc...128 nationalités nous affirme Aurélie.
Tous les appartements communiquent, rien ne ferme à clé dans l'immeuble. Comme si on avait jeté les clés par les fenêtres à l'ouverture du squatt il y a de cela 20 ans, comme dans l'An 01. Chaque cuisine, chaque salon, chaque salle de bain et à fortiori chaque couloir est donc considérée comme salle commune. Seules les chambres sont privées.
La cuisine est faite en commun, un groupe rotatif de 4 à 6 personnes se charge de faire les courses, le repas du soir (18h !) et la vaisselle de la journée (en machine) pour 30 à 40 personnes. On y a donc participé en leur offrant une tournée de crêpes et de gallettes bretonnes. Avec ou sans jambon suivant le régime végétarien ou -lien, ou non. Nos hôtes (et nous-mêmes) se sont régalés !
On a même été invités à participer à une fête d'anniversaires (cinq d'un coup) le dernier samedi avant de quiter nos hôtes (et avant de rejoindre nos amis biélorusses et   allemands , voir plus bas dans la seconde partie du voyage). On peut juste regretter le fait que cette soirée n'ai pas eu lieu plus tôt car elle nous a permis de connaître un peu plus nos voisins de dix jours. Une soirée comme celle-là est le moment idéal pour faire de nouvelles rencontres et pour rester discuter de voyages, de l'Allemagne, de Berlin, de la Bretagne et de Brest. Tout cela malgré la barrière des langues. Quand on ne sait pas parler allemand, on se débrouille comme on peut en anglais. Et du coup, notre interlocuteur doit lui aussi faire des efforts. C'est là qu'on s'est rendu compte que l'on  rencontrait plus facilement des allemands francophones que des français germanophones.

VéloOn a donc profité de cette première partie du séjour, entre clajos, pour visiter un peu la capitale allemande. La première chose qui frappe quand on se ballade à Berlin pour un français,c'est cette impression de calme et d'espace : les trotoirs font cinq mètres de part et d'autre de chaque rues, largement de quoi tracer des pistes cyclables et de quoi laisser la place aux bistros pour qu'ils puissent étaler leur tables et bancs sur la rue.
Ce qu'on remarque aussi, c'est le nombre incroyable de sculptures rencontrées au hasard des rues, comme  ce robinet géant (à l'ancienne brasserie "Pfefferberg") ou cet insolite vélo immobile (voir çi-contre). Ce sont aussi les immeubles d'appartements de cinq étages du type du K40 (ici, pas de maisons individuelles) avec une cour intérieur, des parcs et espaces verts partout, dans une architecture de façade parfois travaillée. Tous ces élément donnent de Berlin l'impression d'une ville vraiment agréable à vivre.

A propos des traces du mur, il y a des quartiers où on passe de l'ex-division ouest à l'ex-division est sans s'en rendre compte. On traverse une grande rue ou un espace qui ressemble vaguement à un canal asséché et on se retrouve de "l'autre côté". Il existe aussi des quartiers hyper-modernes construits sur l'ancien emplacement du mur. Des buildings formant un quartier d'affaire et un centre commercial en plein centre de Berlin qui tranche avec le reste de la ville par son modernisme des matériaux et par l'altitude des bâtiments."L'arrogance et la prétention résumée en quelques bâtiments : la Postdamer Platz" dixit Anna. Et il est vrai que l'architecture monumentale actuelle capitaliste n'a finalement pas grand chose à envier à la mégalomanie  hitlerienne autant que stallinienne.
Mais il y a d'autres endroits où la coupure se fait sentir encore aujourd'hui. En 1990 la ville de Berlin a fait une commande a quelques artistes pour peindre sur le côté est du mur préservé sur un kilomètre pour témoignage de l'histoire, cela a donné l' "East Side Galery". A cet endroit, le mur longe la rivière Spree d'un côté, et de l'autre côté un axe routier remplace le glaci qui existait entre les deux murs pour former un No Man's Land sur une bande de 50m tout du long.
Ces trois obstacles (rivière + mur préservé + route) créent une séparation physique entre les deux quartiers juxtaposés(Kreutzberg à l'ouest et Friedrischain à l'est). C'est donc un endroit où l'on remarque une nette différence sur les types de constructions. Les premiers bâtiments visibles en face du mur côté est sont restés tels qu'ils étaient en 1989, c'est à dire vides et murés sur toutes les fenêtres jusqu'aux étages les plus hauts.
On a curieusement choisi de garder un bout de ce mur à cet endroit, comme pour montrer aux berlinois et aux touristes l'état d'abandon que l'ex-RDA laissait aux bâtiments, et donc par extrapolation aux habitants. Et pour leur dire 'heuresement qu'on a gagné la guerre froide, et vive le capitalisme !".

On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc ni du noir sur du noir. Chacun à besoin de l'autre pour se révéler.

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Seconde partie : La partie échange trinational.

Echange BBB entre les groupse brestois du CLAJ,  le groupe de brestois biélorusses de LYVS, et le groupe berlinois de SNOW qui nous accueillait.

La truelle est à l'avenir ce que le marteau est au passé.Nous sommes donc rentrés, à la date et à l'heure prévue... ce qui, déjà, n'est pas si mal...

Notre programme à Berlin dans le cadre de l'échange trinational contenait plusieurs possibilités de travail en commun : réalisation d'une exposition photo, de reportages vidéo (interview et images diverses : en particulier de manifs : Global day Action du Black Block et contre la répression policière exercée lors du sommet du G7+1 de Gênes en juillet 2001), de théâtre inopiné et impromptu, d'une fresque murale (réalisée dans les locaux de SNOW, le partenaire berlinois), de diapositives sur le thème "L'art dans la ville" (images réalisées avant le départ à Brest en France et à Bpect et Minsk en Biélorussie) et quelques autres idées... Elles ont toutes été réalisées et ont été présentées lors d'une exposition l'avant-dernier jour de l'échange toujours dans les locaux de SNOW. Cette exposition multi-support va tourner dans nos villes.

A Brest, le groupe travaille au montage de trois reportages vidéo (l'échange trinational, le Berlin alternatif, le groupe des zozos clajos) qui seront présentés dans de multiples lieux publics brestois (foyer de jeunes travailleurs, bars, collèges-lycées, bars, soirées au Claj, bars, pendant le festival "Enrageons-nous !!" (les deux ! signifient Acte 2) qui aura lieu à Brest du 13 au 24 mars 2002 : à partir du 18 sous chapiteau Plage Guérin.

Pour revenir à l'échange, le séjour s'est globalement bien passé, il est toutefois à noter la difficile communication avec les biélorusses cette année, liée sans doute au fait d'être dans un pays tiers, limitant de fait les occasions de discuter en se donnant des informations sur le pays (comme ça avait été le cas en 2001). Avouons aussi que le groupe français, présents depuis déjà dix jours à Berlin à l'arrivée de nos amis d'outre-mur de fer, était probablement plus intéressé par les squatts, la musique, les mouvements sociaux, etc...que par la rencontre, de plus leur intérêt se plaçait également ailleurs. Ce double thème (double rencontre interculturelle et découverte d'une ville et en partie de la société allemande) rendait la mission difficile...à moins d'y passer six mois, ce qui n'aurait pas été pour nous déplaire. La pauvre Anna qui pleurait mignonnement (aussi douce et tendre quand elle pleure que quand elle chante, en particulier l'inoubliable "Solène de Grenoble" des Ogres de barback, sur un trottoir de Kreutzberg) dans le U-bahn vers la gare routière, je crois que Laure aussi a versé une larme, et moi je n'en étais pas loin non plus, si Eric et Kristen ne nous avait offert une dernière représentation de "Pépito et Lamado", héros populaire brestois désormais célèbrés et adulés de toute la population berlinoise grâce à nos deux gentils animateurs.

Brejnev + Honneker = Allemagne unifiée
Brejnev (URSS) et Honneker (RDA). Fresque peinte sur ce qui reste du mur de Berlin accompagnée de ce commentaire :
Seigneur, aidez-moi à survivre en cet amour perdu.
Bizarre, mais quel beau baiser !


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